Argument de la matinée
Dans les organisations psychotiques, le rapport au corps est fragmenté, troué, parfois envahi, rendant la rencontre clinique fondamentalement instable. Le corps du patient ne va pas de soi : il peut être vécu comme morcelé, persécuté ou étranger. Face à cela, le corps du thérapeute n'est pas un simple support neutre, mais un instrument sensible, engagé dans une écoute qui dépasse le langage verbal. Il reçoit, contient et transforme des éprouvés bruts, souvent irreprésentables.
Entre ces deux pôles s'inscrit le corps institutionnel, troisième instance essentielle : cadre, rythme, règles et présence collective viennent soutenir ce qui, autrement, se désagrégerait. L'institution joue alors une fonction de pare-excitation, offrant une scène où les corps peuvent coexister sans se dissoudre ni se confondre.
Ce théâtre des corps n'est ni harmonieux ni prévisible : il est fait de tensions, de déplacements, d'ajustements constants. Le soin y consiste à rendre possible une certaine continuité d'être, en articulant ces trois dimensions corporelles, ce qui interroge les dispositifs qui le permettront. Comment l'institution permet-elle de porter ce travail de traduction ? Ainsi, c'est dans cet espace partagé, à la fois fragile et structurant, que peut émerger une forme de subjectivité.
Programme de la matinée
- 8 h 45 Accueil des participants
- 9 h 15 – 9 h 30 Introduction : Bernard Basteau
- 9 h 30 – 10 h 30 Conférence de Vassilis Kapsambelis
« Le schizophrène, entre son moi et son corps »
En 1914, Freud introduit la notion de « narcissisme » en métapsychologie en définissant ce dernier comme un investissement libidinal du « moi ». Or, pour illustrer cette nouvelle notion et ses rapports avec le moi, il va largement s'appuyer sur l'étude de la schizophrénie.
Cette approche met en évidence la problématique spécifique du moi dans ces pathologies : le moi en tant que formation intrapsychique dont les racines plongent dans le corps (image du corps), et donc intimement lié à des questions d'autoconservation (intégrité du corps, la question d'« être »). Mais aussi le moi en tant que représentation finale d'une convergence des auto-érotismes (c'est-à-dire de l'excitation propre à la matière vivante des téguments et organes du corps) pour former (ou pas, dans certaines schizophrénies) une « unité », que nous appelons « moi ». Et enfin, le moi en tant qu'unité somato-psychique obligée d'entrer en relation avec d'autres corps, « extérieurs au corps propre », lorsque la pulsion génitale se met en place, à partir de la puberté.
À toutes les étapes et aspects de cette évolution, la schizophrénie, dans son polymorphisme, fournit des exemples cliniques qui seront successivement présentés, étudiant la complexité des liens entre schizophrénie, moi et corps.
- 10 h 30 Échanges avec la salle
Modératrice : Isabelle Bretenoux - Intermède autour d'un danseur
- 11 h 15 – 12 h 15 Deux présentations de clinique institutionnelle impliquant une approche par le corps, par des équipes de soins de la SHMA et du Centre de Réadaptation
- 12 h 15 Échanges avec la salle
- 12 h 30 Clôture de la matinée
L'intervenant
Psychiatre et psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris, Vassilis Kapsambelis a exercé de longues années à l'ASM13 (Paris 13ᵉ). Il est notamment l'auteur du Manuel de psychiatrie clinique et psychopathologique de l'adulte (PUF).